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Suivi du faucon pèlerin et de la grive de Bicknell sur le territoire de Corridor appalachien
Depuis de nombreuses années, Corridor appalachien mène deux suivis annuels ornithologiques ciblant des espèces à statut précaire au Québec : le faucon pèlerin, présent sur les sites de la Passe de Bolton et du mont Pevee, et la grive de Bicknell, suivie dans son habitat d’altitude au Round Top dans le massif des Monts Sutton. Les deux projets visent autant la validation de la présence d’individus nicheurs que l’évaluation de l’efficacité des mesures de conservation déjà en place. Les résultats permettent de documenter la situation actuelle de ces espèces et de mieux orienter les actions futures.
1. Suivi du faucon pèlerin : Passe de Bolton et mont Pevee
Le faucon pèlerin (Falco peregrinus anatum) occupe traditionnellement des falaises rocheuses et, plus récemment, des structures urbaines. L’espèce a connu un déclin historique important en raison de l’usage de pesticides organochlorés comme le DDT, ayant causé l’amincissement des coquilles d’œufs et la diminution du succès de reproduction. Depuis la fin de l’usage de ces pesticides et la mise en œuvre d’un programme de réintroduction ayant permis le relâchement de plus de 2 000 individus au Canada entre 1975 et 1996, la population nicheuse canadienne est considérée stable ou en légère augmentation. Elle est actuellement estimée entre 250 et 1 000 individus matures.
Au Québec, l’espèce demeure désignée vulnérable et protégée par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Plusieurs sites de nidification sont suivis annuellement, dont ceux de la Passe de Bolton et du mont Pevee, situés sur le territoire d’action de Corridor appalachien.
Le suivi annuel vise à :
- confirmer la présence d’adultes et, si possible, la nidification ;
- documenter les comportements associés à la reproduction ;
- détecter d’éventuelles menaces locales ;
- assurer que les mesures de protection (acquisitions, servitudes) demeurent adaptées.
Les observations sont effectuées entre mars et juillet de chaque année. Quatre visites sont réalisées sur chacun des deux sites.
À la Passe de Bolton, la nidification est assez constante depuis le début du suivi en 2007. Deux emplacements sont favorisés par le couple présent : une crevasse et un bord de falaise inaccessibles pour les prédateurs. Le site est difficile d’accès, mais l’observation des jeunes en vol en juillet est courante et confirme le succès. Il est aussi fréquent d’observer les jeunes qui se font nourrir par leurs parents directement en bordure du nid.
Au mont Pevee, les conditions d’observation sont particulièrement difficiles. La paroi est aussi convoitée par des grands corbeaux qui alternent, avec les faucons pèlerins, l’utilisation de ce site de nidification. Le relief, la végétation estivale et la position des observateurs limitent la visibilité de la paroi rocheuse. Ainsi, malgré plusieurs détections d’adultes, il est plus difficile de confirmer la nidification sauf quand l’observation de jeune en vol se fait en juillet. La nidification a été confirmée officiellement en 2020 et en 2021 grâce à l’appui d’un drone du ministère de l’Environnement de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) qui permettait de bien observer le nid.
Aucune menace nouvelle n’a été relevée durant les dernières saisons sur l’un ou l’autre des sites. Le dérangement par l’escalade durant la période active du faucon pèlerin est la menace la plus fréquente pour les deux sites, mais les interventions de Corridor appalachien et du MELCCFP limitent celle-ci depuis plusieurs années. La poursuite du suivi reste toutefois nécessaire, étant donné la vulnérabilité de l’espèce au Québec.
2. Suivi de la grive de Bicknell au Round Top
La grive de Bicknell (Catharus bicknelli) est l’un des passereaux les plus rares en Amérique du Nord. Elle est désignée menacée au Canada et vulnérable au Québec. Son aire de reproduction est très restreinte et associée aux hautes altitudes du nord-est des États-Unis et du sud-est du Canada. Au Québec, une des populations connues se trouve dans le massif des Monts Sutton, principalement au Round Top, dans le Parc d’environnement naturel de Sutton (PENS). C’est la seule population sur le territoire de Corridor appalachien.
L’habitat optimal y est constitué de forêts de sapins baumiers situées généralement au-dessus de 600 m d’altitude, où les conditions sont fraîches, humides et souvent brumeuses. Le territoire utilisable par l’espèce au Round Top est d’environ 15 hectares.
Le suivi annuel vise à :
- confirmer la présence de la grive durant la période de reproduction ;
- documenter l’évolution de la population ;
- accompagner les gestionnaires d’aires protégées (CNC, PENS) pour diminuer les impacts humains ;
- suivre la mise en œuvre du plan d’action destiné à réduire les perturbations dans l’habitat.
Les suivis se déroulent à la mi-juin, selon un protocole adapté à la topographie locale. Des points d’écoute ont été établis à des altitudes variant entre 850 m et 960 m. Chaque point fait l’objet de périodes d’écoute passive suivies de repasses sonores.
Les inventaires confirment la présence d’une population d’entre huit et vingt individus au Round Top. Ces observations suggèrent une nidification probable, bien que la localisation précise des nids n’ait jamais pu être confirmée. Les comportements de défense territoriale observés et les chants entendus sont toutefois des indices clairs de la présence d’un site de reproduction.
Les résultats de suivi de population s’inscrivent dans une tendance récente de diminution du nombre d’individus observés. Entre 2007 et 2026, la moyenne annuelle est de 4,58 individus observés, mais les années récentes montrent des effectifs faibles (1 en 2022, 3 en 2024 et 2 en 2025 et 2026). L’année 2017 demeure la plus forte avec 10 individus recensés. Il faut garder en tête que les femelles sont beaucoup plus discrètes et sont rarement observées, d’où l’estimation totale de la population qui monte jusqu’à 20 individus.
Les causes potentielles de la diminution de la population incluent :
- variabilité naturelle ou cycles démographiques ;
- pressions sur l’habitat hivernal dans les Grandes Antilles ;
- prédation accrue, notamment par l’écureuil roux, dont l’abondance peut varier selon les cycles de production de cônes ;
- dérangements anthropiques, particulièrement dans les zones à forte fréquentation récréative.
Afin de limiter la pression humaine, plusieurs mesures ont été reconduites ou renforcées :
- fermeture saisonnière du sommet durant la nidification ;
- augmentation des heures de patrouille par le PENS ;
- installation de nouveaux panneaux de sensibilisation et amélioration de la signalisation interdisant les chiens ;
- fermeture de sentiers non officiels ;
- amélioration de la carte du réseau de sentiers afin de clarifier les zones accessibles aux chiens et celles où ils sont interdits.
Ces actions visent à réduire la fragmentation de l’habitat, le dérangement sonore et la présence accrue de prédateurs attirés par les déchets.
Conclusion
Les suivis du faucon pèlerin et de la grive de Bicknell soulignent l’importance d’un effort régulier de surveillance pour des espèces sensibles aux perturbations et dont la détection peut être difficile en raison de leurs habitats respectifs. Les résultats confirment la pertinence des efforts de conservation déjà entrepris et soulignent la nécessité de maintenir le suivi annuel de ces deux espèces. Corridor appalachien tient à remercier chaleureusement Protection des oiseaux du Québec pour son soutien à ces deux projets.
